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Les grands noms du jeu vidéo : Michel Ancel, par Daniel Ichbiah


Les grands noms du jeu vidéo No 2

Michel Ancel

Biographie d’un créateur de jeu vidéo français

par Daniel Ichbiah et Sebastien Mirc

Lien : http://www.editionspixnlove.com/Tous-nos-ouvrages/Michel-Ancel-Biographie-d-un-createur-de-jeux-video-francais/flypage.tpl.html

Disclamer

Un disclamer ? Quel disclamer ! J’ai lu plein de livres maintenant.

Je suis donc un expert. Je peux donc critiquer ce que je veux, sans avoir à m’excuser.

Et toc !

The créateur

Je sors des sentiers des bouquins sur « comment faire un bon jeu vidéo quand on est un boulzor », pour faire un détour sur une biographie. Celle sur Michel Ancel, sortie aux éditions Pix’n Love. C’est un livre de 200 pages, qui se lit très vite, car très bien écrit mais aussi abondamment illustré. On dévore les pages comme un morfale.

Mais qui est Michel Ancel, au fait ?

C’est le papa de Rayman, Beyond Good & Evil, et les Lapins crétins pour les plus visibles. Souvent comparé à Miyamoto, Michel Ancel est un créatif très prolifique, qui a participé à des dizaines de  projets, et a côtoyé a passage de grands noms de l’industrie du loisir. Son jeune âge a de quoi interloquer, surtout quand on sait qu’il est devenu créateur de jeu professionnel à 17 ans à peine, pile au moment où Guillemot (futur Ubisoft) se lançait dans le jeu vidéo, intégrant ses rangs en tant que développeur freelance !

Nous avons ainsi un instantané de la création vidéo-ludique française, de ses début à 2010. Mais ce livre parle surtout du parcours de celui qui allait devenir un membre influent et reconnu du microcosme français. Cette fameuse « French Touch » dont on ne sait pas bien si elle existe vraiment, ou s’il s’agissait surtout d’un argument marketing.

Toujours est-il que le bonhomme, à travers ses « modestes » créations du début (des tours de force visuels à l’époque), gagne peu à peu en puissance en même temps qu’Ubisoft s’impose sur la scène internationale. Le soutien des têtes de pont de l’entreprise (Yves Guillemot en tête, mais aussi Serge Hascoet, le directeur artistique derrière toutes les grosses licences de l’éditeur) lui permet de rencontrer Peter Jackson, Steven Spielberg, Shigeru Miyamoto, et quantité d’autres créatifs d’horizon pourtant très différents, et aussi uniques que lui. Il se trouve à la tête de dizaines de personnes, la plupart issues du dessin animé ou du cinéma, et invente de nouveaux genres, de nouveaux outils, définissant de nouveaux standards qualitatifs et quantitatifs.

Et tout cela alors qu’il a à peine 30 ans !

Beyond Game and Design

On apprend beaucoup de choses au fil des chapitres. Et pas seulement sur Michel Ancel.

On se faufile dans les coulisses d’un grand éditeur de jeu. On apprend ainsi que les Lapins Cretins devaient à l’origine être les méchants d’un nouveau Rayman, Rayman Adventures, prévu sur PS2. Mais l’arrivée de la Wii a chamboulé les plannings, et ce qui devait n’être que des mini-jeux, se retrouvent à la base d’un jeu complet en moins de 6 mois. Même les previews proposées à la presse avaient en réalité été développées quelques jours avant, avec des kits à la limite du jouable (Red Steel avait à l’époque eu les faveurs de la direction, et ce projet satellite avait ramassé les miettes).

On voit aussi le parcours d’un tout jeune graphiste, ayant fait ses armes sur Atari ST et son logiciel de pixel Art. De ses premiers jeux bricolés avec un compère programmeur (Nicolas Choukroun), dont quasiment aucun ne sortira dans sa version finale (problème de budget, distribution, contraintes diverses), aux super-productions comme Beyond Good and Evil qui aura presque eu raison de Michel Ancel et de sa garde rapprochée, puis au rebond grâce à King Kong, et enfin le retour aux sources avec Rayman Origins. Toutes les périodes de la vie du game-designer, et par extension celles de Ubisoft et du monde du jeu vidéo français, nous sont contées, avec moult détails, anecdotes et illustrations de qualité.

Bwaaahhhh!!!!!!!

Il y a beaucoup d’informations intéressantes, sur tous les à-cotés de la création du jeu vidéo. Cela permet de remettre les choses dans leur contexte, notamment les choix pas forcément heureux d’Ubisoft et sur certains de leurs titres. Alors qu’on ne connait les créateurs que via leurs créations, ce livre nous fait découvrir le coté humains de ces personnes finalement assez distantes, mais pourtant si proches de nous. On se rend compte ainsi de tout le travail, la passion et la ferveur qui les animent. Car il en faut pour triompher de tant de problèmes, et pour retrouver à chaque fois la flamme pour continuer encore. On découvre aussi de nombreux noms, totalement inconnus, mais pourtant essentiels dans la contribution qu’ils ont apporté. Derrière Michel Ancel, il y a quantité de talents qui oeuvrent dans l’ombre, aussi responsable du succès collectif que leur tête de proue. Si Michel Ancel est le chef d’orchestre, et parfois l’homme-orchestre, ces hommes et ces femmes sont autant de petites mains qui s’affairent en coulisses, s’assurant que le défilé haute-couture du maître saura répondre aux exigences de tous.

En revanche, mais il fallait s’y attendre vu le type de document, il n’y a pour ainsi dire aucun esprit critique. C’est une biographie « officielle ». On est donc là pour positiver sur le sujet, pas pour le tailler en pièce. Les superlatifs se succèdent au fil des pages, et, s’ils sont mérités d’une certaine manière, le lecteur obtient au final un portait très lisse, trop parfait. En dehors peut-être de sa vie sentimentale (trois fois en couple, le bonhomme ! ), il n’ a aucune aspérité. A peine quelques interviewés évoquent le caractère militaire de Ancel, hérité de son père général, mais qui semble essentiel quand on doit générer des millions d’euros à partir de rien.

On peut aussi reprocher à l’auteur de s’être lancé dans une biographie d’une personnalité aussi jeune. En général, on attend que le sujet soit mort (ou pas loin de l’être), avant de se pencher et s’épancher sur sa vie. Celle de Michel Ancel a été incroyablement riche, mais la majeure partie reste encore à écrire. On peut donc se questionner de la pertinence d’un tel ouvrage pour les années à venir.

French Touch Origins

Donc, oui. Il y a quelques aspects dans ce livre qui peuvent amoindrir son intérêt. Sorti peut-être trop tôt, pas assez incisif de peur de perdre le soutien de son sujet. Ennuyeux pour une biographie digne de ce nom. Mais ce ne sont que des détails au final. Car ce qui compte, c’est qu’on apprend, et bien sûr, ce qu’on en retient.

Et on en retient beaucoup. Sur Michel Ancel, sur l’épopée Ubisoft, sur l’histoire du jeu vidéo en France, sur les titres parmi les plus marquants de la scène française, sur toutes ces personnes de l’ombre, génies inconnus du public, qui cisèlent patiemment, avec tout leur amour et leur temps, ces univers qui nous dévorons encore et encore. Plus qu’une courte biopic sur un homme qui a encore tout un avenir devant lui, c’est une petite mine d’information sur ce qui a érigé la French Touch depuis la fin des années 1980.

A ce titre, c’est une lecture que je recommande. Elle est accessible, claire, agréable, magnifiquement mise en page (ça change de mes précédents bouquins) et très abordable financièrement. Certainement pas l’ouvrage ultime, ni sur son sujet, ni sur les à-cotés qui l’entourent. Mais un livre de choix à l’heure actuelle, car la concurrence se compte sur les doigts d’un pirate manchot.

Un beau livre à offrir à tout fan de Rayman, de BG&E, ou aux jeux vidéo en général.

Les + :

– bien documenté

– belles illustrations

– des infos croustillantes

– l’envers du décor du jeu vidéo

Les – :

– plus une éloge qu’une critique

– livre sorti un peu tôt vu l’âge du sujet

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