Life is too short to live just one…

Alaï & Varax : rouage et poussière


[Voici la rencontre fictive entre mon elfe noir et mon chaotique.
L’un comme l’autre recherche des alliés pour atteindre leurs buts.
Mais là où Alaï travaille pour son seul intérêt, Varax a une vision plus large des tenants et des aboutissants.
De quoi remettre les choses en perspective pour l’ambitieux elfique …]
 
Une fois de plus, on se détournait de lui.
L’élu du chaos n’avait même daigné lui adresser la parole.
Au moins, on lui avait épargné les sarcasmes des tentatives précédentes (qui ne seront ni oubliés, ni impunis, foi de Druchii).
Mais une fois de plus, le « courant » ne passait pas entre lui et ses interlocuteurs.
 
Poursuivant sa mission -diplomatique- chez les alliés des elfes noirs, Alaï était maintenant en Terres du Nord.
Toujours décidé à compléter sa force par des capacités inconnues de ses frères, il profitait de ses prérogatives pour sonder les rangs des humains chaotiques.
Trouverait-il un être suffisamment fort pour lui être utile, mais suffisamment faible pour être manipulé ?
Alaï ne doutait pas de cette dernière condition.
 
Tous ces hommes, mais pouvait-on encore les qualifier ainsi, avaient plus ou moins succombé au Chaos.
Preuve de leur faiblesse d’esprit, ils s’étaient abandonnés aux flux noirs, corps et ames.
Ils n’étaient rien de plus qu’un animal domestique, esclave d’une entité aussi changeante que l’océan, dépossédé de la moindre réflexion personnelle.
Alaï était certain de pouvoir les contrôler à loisir. Après tout, qui pourrait refuser l’alliance avec un puissant elfe noir tel que lui ?
En revanche, l’apparence posait quelques limites aux critères de sélection.
Un gobelin passait encore, au pire il suffisait de respirer par la bouche pour en amoindrir les effluves.
Un chaotique était plus ennuyeux.
Certaines mutations étaient proprement ragoutantes, sans parler de la sauvagerie naturelle de ces sous-êtres.
Dénués de manière, de sens de l’hygiène ou même de goût vestimentaire, certains étaient de véritables repoussoirs, même selon les standards pervers des Druchii.
Pas question de s’afficher, même dans une relation maitre-esclave, avec les fidèles de Nurggle, des nids à mouches au sens premier du terme.
Les adorateurs de Khorne auraient fait de parfaits candidats, sauf que leur individualisme forcené empêche toute alliance acceptable (le genre d’alliances où l’elfe noir ordonne et les autres obéissent).
Les suivants de Slaneesh avaient leurs avantages, et pas qu’au combat. Mais ils s’abandonnent trop à leurs passions charnelles, les rendant peu fiables dans la durée.
Restaient les élus de Tzeench, le Dieu du Changement, paradoxalement les moins instables de tous, et donc les plus à même de lui convenir.
 
Mais plus qu’ailleurs, les mutations étaient la norme chez le Dieu Corbeau.
Rare étaient ceux qui ressemblaient encore à quelque chose, après quelques temps de service.
Et parmi ces raretés, aucun ne semblait s’intéresser à un envoyé Druchii.
Las de ces refus, Alaï s’assit sur le reste d’un tronc, trop plongé dans ses pensées pour s’occuper des va-et-viens d’un camp de guerre en effervescence.
 
Au bout d’un temps qu’il ne saurait définir, l’elfe noir se rendit compte que quelqu’un l’observait.
Levant doucement les yeux pour scruter les environs, sans bouger le reste de corps pour ne pas éveiller les soupçons, il remarque alors un maraudeur.
Le visage derrière un casque encore plus impénétrable le sien, Alaï eut toutes les difficultés du monde à savoir ce qu’il voulait.
Le regarde-t-il lui, ou ce qu’il y a derrière lui ?
Est-il en train d’essayer d’établir un contact, ou cherche-t-il à le provoquer ?
Est-il seulement en train de le regarder, ou regarde-t-il bêtement dans sa direction, comme un poulet devant l’horizon ?
Faute de certitude sur ses actions, l’elfe noir entreprend de jauger le maraudeur.
De taille conséquente, musculeux, il ne présente pas de mutation particulière. Même ses vêtements sont de bons goûts, du moins comparés à ses semblables.
Il ferait un allié intéressant, apportant à Alaï la force brutale qui fait naturellement défaut aux elfes.
Barbare dans l’âme, les maraudeurs sont de puissants guerriers, s’adaptant à l’ennemi grâce aux mutations, à la force aussi grande que leur intellect est petit.
En somme, un parfait candidat pour un elfe noir en mal de serviteur.
 
N’étant pas adepte des statu-quo, Alaï décide enfin de montrer au Maraudeur qu’il l’a remarqué, en regardant celui qui semble le dévisager depuis un moment.
Le maraudeur réagit, marchant alors dans sa direction.
Semblable à un arbre se mouvant lourdement, Alaï se félicite de son jugement : tout en lui respire la puissance physique, de quoi intimider plus d’un ennemi.
Le barbare se plante devant l’envoyé Druchii, son ombre englobant totalement ce dernier, puis s’adresse à lui d’une voix grave et calme.
« Le bruit court qu’un elfe parle beaucoup trop pour un elfe. Que cherches-tu dans nos terres ? »
Au moins, celui-là sait articuler plus de trois mots, pensa Alaï. Un bon point de plus.
« Je suis ici pour m’enquérir de vos avancées. Je ne fais donc que mon travail. »
« Alors pourquoi ne pas le faire comme tous tes prédécesseurs : regarder de loin et marmonner tout bas ? »
Aïe, celui-là a de la cervelle. Un mauvais point pour lui.
« Les autres ont leurs méthodes. Moi, j’ai les miennes. Voir ne suffit pas, il faut comprendre. »
 
Alaï se surpris lui-même. Non pas que sa réponse soit un mensonge, tous les Druchii auraient sorti quelque chose de similaire, mais que ce soit en fait la vérité !
Depuis son incursion dans le monde non-civilisé (tout ce qui n’est pas une arche noire donc), Alaï s’était frotté à la diversité.
Beaucoup de choses étaient différentes que ce qu’il avait jusqu’alors cru. Et pour mieux les utiliser, il fallait les comprendre, pas seulement les voir.
 
Le barbare le sortit de son introspection.
« Sais-tu pourquoi tu es ici ? »
« Pourquoi ? Parce qu’on le l’a ordonné, et que je l’ai accepté. », répondit l’elfe noir, feignant le zèle.
« Non. Tu es là parce qu’IL l’a décidé. », rétorqua le maraudeur, la voix soudain plus sermonneuse.
D’accord.
L’emphase sur le IL ne laisse pas de doute. Ce maraudeur est un illuminé fanatique.
Un outil de plus pour le manipuler … ou pas.
 
« C’est SA volonté qui t’a amené ici. C’est SA volonté qui m’a amené ici. Et c’est par SA volonté que je me joins à toi. »
Cette dernière phrase inquiéta Alaï. Il n’avait jamais parlé d’alliance. Ni à lui, ni aux autres.
« Pourquoi crois-tu que j’accepterai cette alliance, si alliance je cherche. », sonda Alaï.
« Qu’importe tes choix. Tout est SA volonté. S’IL ne veut pas que je me joigne à toi, IL me le fera savoir. »
« Par ta mort ? Une façon bien radicale de gérer ses ouailles … », ironisa l’elfe.
« Ma mort comme ma vie servent SON dessin. Quelque soit mes choix, ou les tiens, IL les a déjà prévu. IL est celui qui nous les a insufflé. »
 
Cette conversation prenait une tournure des plus déplaisantes pour l’elfe noir.
Lui, manipulé par un autre, fusse-t-il divin ?
Il ne sert qu’un seul maitre, lui même. Et malheur à celui ou celle qui tentera de le faire danser, dieu ou pas.
 
« Les elfes noirs n’existent que par la volonté du Chaos. Vous avez été créés ainsi par SA volonté. Tout comme moi, tu sers SON ambition. »
Ce barbare venait de toucher un point sensible. La scission des elfes et la manière de vivre des elfes noirs portaient clairement la marque du Chaos.
Les elfes noirs sont trop occupés à ne pas se laisser manipuler par eux-mêmes, pour prendre en compte les plans des divinités chaotiques.
Mais Alaï était différent. Il était à part. Il avait une grande destinée.
« Ton prechi-precha sonne creu à mes oreilles. Rien ne m’empêche de te tuer séance tenante. Alors pourquoi voudrais-je m’allier à toi ? », répondit sèchement Alaï.
« Parce que tu es comme moi : différent des autres. Tu portes en toi la marque du changement. Petite ou grande, ta destinée est à SON service. »
 
Alaï en resta coit. Cette montagne malodorante pouvait-elle lire ses pensées ?
Il commença alors à considérer son existence sous un angle beaucoup plus large.
 
« Imaginons … Imaginons que je sois effectivement la marionnette de ton corbeau. Serait-ce un mal si je devenais le roi de ce monde ? », interrogea le Druchii.
« Non, car ce serait SA volonté. Ton ascension comme ta chute sont déjà prévues. L’ambition qui te dévore est un feu nourri par SA main. »
« Et ça ne te dérangerais pas que ce soit moi, et non toi, l’élu de ton Dieu ? », impliqua alors l’elfe noir.
« Non. Car je sers un plan plus grand, de ma naissance à ma mort, et même avant et au delà. Je suis un tout, une raison d’être.
Mon ambition est la SIENNE : vaste comme le ciel.
Mon succès sera le SIEN : éternel comme le soleil.
Tu ne te bats que pour ton intérêt en tête.
A ta mort, tout ce que tu auras accompli sera détruit par les autres.
A ma mort, tout ce que j’aurai accompli continuera d’exister, à travers ceux qui me remplaceront.
J’aurai été utile, rouage essentiel d’une machinerie cosmique.
Tu n’auras servi à rien, poussière dansant dans la brise, se croyant maitresse des vents. »
 
Hé bien … Après un gobelin roublard, voilà que l’elfe noir tombe sur un sauvage philosophe.
Sa rhétorique est bien rodée. Alaï s’étonne qu’il n’ait pas choisi la voie des cultistes. Il aurait eu beaucoup de succès.
Mais trêve de dissertation, qu’il ait raison ou tord ne change rien au final pour le Druchii.
Alaï sera le roi des rois, que ce soit ou non la volonté d’un corbeau inconstant.
Tant que ce lourdaud est persuadé du bienfondé de cette alliance, Il peut bien se justifier comme il veut.
Alaï n’a pas besoin d’en appeler à un dieu pour affronter le monde. Il est plus fort que ça.
« Point de vue intéressant. Dois-je en conclure que, si je propose une alliance, et quelqu’en soit le résultat pour toi, tu accepteras. »
« Oui. Mais je ferai aussi mes conditions. Car mes pensées comme mes actes me sont soufflés par SA volonté. »
Un moyen comme un autre pour dire : je ferai ce que je veux, et quand j’en ai envie.
 
Alaï lance alors au barbare une pierre précieuse.
« Ca nous permettra de nous contacter l’un l’autre. Je compte bien utiliser tes talents à ma guise, contre nos ennemis communs. Cela te convient-il ? »
« Cela me convient, à condition que cela marche dans l’autre sens. Je n’ai qu’un seul maître, et ce n’est pas toi. Nous ne sommes que deux outils, de même valeur. »
« Oui, j’avais compris. Je me nomme Alaï Ten’etri. Je te propose une association. »
« Je suis Varax Voiecertaine. J’accepte ton association. Puissions-nous apporter le changement partout et en chacun. »
 
Les deux guerriers hochent la tête, puis s’éloignent l’un de l’autre, chacun retournant à ses missions premières.
« Et je compte bien garder ta tête en trophée, pour que tu contemples de toi même l’empire que j’aurai bâti grâce à TON ambition. », termina Alaï en pensée.
« Et je compte bien débarrasser le monde de ses vieilles reliques inutiles, dont ton espèce fait partie, grâce à TON ambition. », termina Varax en pensée.
 
Ambition contre ambition, le Druchii et l’homme du Nord se battront pourtant cote à cote.
Jusqu’à ce que l’ambition de l’un … dévore celle de l’autre.

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